![]() |
| Affiche de propagande régime de Pétain |
Il faut
connaître son ennemi pour mieux le combattre. Or, depuis le dimanche 7 mai au
soir, le pire ennemi des travailleurs est Emmanuel Macron. Ce dernier prévoit
de gouverner aussi brutalement que l’a fait Manuel Valls en faisant passer, à
coups de 49-3, la loi Macron et la loi Travail de Myriam El Khomri. Décryptons
donc son programme, pour envisager son action à la tête de l’État et la
réponse, sociale, qu’il faudra lui opposer dans les entreprises et dans les
rues de notre pays.
L’effondrement de la Sécu et des services publics
Dans son programme
disponible en ligne [1],
M. Macron n’y va pas par quatre chemins. Sa toute première proposition est la
promesse – faite aux patrons, qui veilleront à ce qu’elle soit tenue :
« nous réduirons les cotisations payées par les salariés, les
indépendants et par les fonctionnaires ». « Nous réduirons le
coût du travail », clame aussitôt le texte, « en baissant les
cotisations sociales employeurs de 6 points en remplacement du CICE, et jusqu’à
10 points au niveau du SMIC ». Dans son projet économique « efficace,
juste et crédible » [2],
Emmanuel Macron va plus loin : « un effort supplémentaire sera par
ailleurs fait pour supprimer toute charge patronale au niveau du SMIC, ce qui
permettra à une entreprise d’économiser, par rapport à [toutes les aides
aux entreprises existant] aujourd’hui, plus de 700 euros par an pour un
salarié au SMIC ». Enfin, comme l’avait fait Nicolas Sarkozy durant
son quinquennat, l’équipe du nouveau Président entend élargir les
allègements : « nous rétablirons les exonérations de cotisations
sociales sur les heures supplémentaires ».
Donc, en vertu de la
guerre contre le « coût du travail » menée depuis plusieurs années
par la classe capitaliste – la seule qui achète la force de travail, aux
employés qui la lui vendent – il faut s’attendre à une baisse drastique
des salaires bruts. La différence entre le brut et le net, les cotisations que
M. Macron entend diminuer largement, consiste en un salaire socialisé : les
cotisations alimentent la Sécurité Sociale, qui protège les travailleurs et
leur assure un revenu, quand ils sont malades, privés d’emploi ou trop vieux
pour travailler. Les indemnités journalières en cas de maladie, les allocations
chômage, les pensions des retraites vont donc en prendre un sacré coup avec la
politique du Président « En Marche ». Plus qu’une mise à mal, c’est
un effondrement de la Sécurité Sociale que M. Macron et ses équipes préparent
pour les prochaines années, avec la porte ouverte à une gestion, non plus
paritaire avec les salariés, mais directement de l’État pour mieux
« restructurer » la Sécu, une vieille volonté du patronat. Sous
prétexte de boucher un « trou de la Sécu » causé précisément par la
lourde baisse des cotisations, réalisée gouvernement après gouvernement et que
le Président élu veut poursuivre sans limites, certains de ses pans pourront
être arrachés des mains des travailleurs, et d’autres sous-traités à des
opérateurs privés. Une privatisation rampante pèse sur la Sécurité Sociale
comme une épée de Damoclès, et elle pourrait bien être entamée au cours de ce
nouveau quinquennat. Cela livrerait un marché juteux de plusieurs dizaines de
milliards d’euros aux appétits des propriétaires des marchés privés.
La Sécurité Sociale
n’est pas la seule dans le viseur d’Emmanuel Macron. Tous les services publics
sont concernés, notamment par les grandes réformes fiscales. « Nous
soutiendrons l’investissement privé » par d’énormes baisses d’impôts,
lit-on dans le programme du Président et ses équipes. « Nous baisserons
l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% pour rejoindre la moyenne européenne ».
Ce qui représente quelques centaines d’euros pour les plus petites entreprises,
s’échelonnera à plusieurs dizaines de milliards d’euros pour les plus grandes
multinationales présentes en France. Les bénéfices des grands groupes, n’étant
plus imposés au tiers mais seulement au quart, continueront à alimenter
massivement les actionnaires en dividendes et bonus divers.
Ce
n’est pas tout. « Nous créerons un prélèvement unique sur les revenus
du capital, de l’ordre de 30% » affirme ensuite le projet d’ « En
Marche ». Ce qui ne sera pas un grand changement pour la petite
bourgeoisie, la classe des artisans, commerçants et professions libérales qui
détiennent un petit capital, provoquera un changement énorme pour la grande
bourgeoisie, celle des multi-millionnaires et des milliardaires. Jusqu’à
présent, les revenus de leurs capitaux étaient imposés à 50% sur la dernière
tranche – ce qui constituait déjà, quand M. Sarkozy l’a mis en place dès son
accession à l’Élysée il y a dix ans, un cadeau fiscal de près de 50 milliards
d’euros annuels. En passant les revenus du grand capital à seulement 30%, non
seulement les plus riches pourraient se vautrer dans une opulence beaucoup
moins limitée qu’aujourd’hui, mais les services publics souffriraient d’un
gigantesque manque à gagner qui pourrait se chiffrer, au total, à plusieurs
centaines de milliards d’euros.
Pour équilibrer la
balance budgétaire, comme le promet M. Macron, une énorme baisse des dépenses
publiques sera opérée pour compenser les cadeaux fiscaux faits aux grands
patrons. Les centaines de milliards d’euros d’impôts en moins pour les sociétés
et les ménages vivant de leur capital, représentent autant de crédits en moins
pour nos services publics. L’éducation, la santé, l’enseignement supérieur et
la recherche, la justice seront les premiers à souffrir de cette accélération
criante de l’injustice fiscale. Dans un contexte de disette jamais vue
jusqu’alors, deux choix se présenteront devant eux : soit réduire leur
activité, alors que les services publics sont sollicités par une population
française grandissante, soit tarifer leur activité, dans un système où les
usagers deviennent des clients et le fonctionnement à l’activité devient un
fonctionnement à la performance dans la recherche d’une rentabilité à
court-terme. C’est, en parallèle, que le Président « En Marche »
supprimera 125.000 postes de fonctionnaires durant son quinquennat, un chiffre
qui pourra être revu à la hausse dans la soumission aux règles budgétaires
européennes et la sacro-sainte lutte contre les déficits.
Le pourrissement
organisé des administrations publiques ouvrira la voie à la libéralisation puis
la privatisation, comme cela s’opère déjà dans les secteurs des transports et
des télécommunications. Avec une « autonomie » financière des
établissements accrue, chacun fera, étant privé de dotations budgétaires
publiques, la chasse aux revenus privés, pourquoi pas en intégrant de la
publicité dans les programmes scolaires, à l’instar du « modèle »
anglo-saxon si cher à Emmanuel Macron. Le terme d’ « effondrement »
n’est pas exagéré compte tenu de l’immense richesse qui sera transférée des
caisses publiques vers les coffres privés d’une petite caste de fortunés, et ce
seront les travailleurs qui en payeront le prix cher.
Les retraités et les privés d’emploi au pain sec
M. Macron est
formidable : il promet d’ouvrir de nouveaux droits aux privés d’emploi,
comme de ne pas toucher « à l’âge de départ à la retraite, ni au niveau
des pensions », tout en détaillant dans son programme des mesures
encourageant l’exclusion de ces catégories sociales et la diminution de leurs
allocations.
Ainsi, « nous
ouvrirons les droits à l’assurance-chômage aux salariés qui démissionnent »
promet le projet présidentiel, avant de préciser que « ce droit ne sera
utilisable qu’une fois tous les cinq ans » et, surtout, qu’ « en
contrepartie, l’insuffisance des efforts de recherche d’emploi ou le refus
d’offres raisonnables entraîneront la suspension des allocations ». En
gros, comme l’a dit M. Macron lui-même, « vous pourrez »licencier
votre employeur » tous les cinq ans » – le pauvre employeur, comment
trouvera-t-il une main d’œuvre bon marché avec seulement six millions
d’inscrits à Pôle Emploi ? – mais en échange, vous devrez accepter les
deux premières offres d’emploi « raisonnables », quelles qu’en
soient les contraintes et quelles que soient vos qualifications, sous peine
d’être radié et de ne plus percevoir les allocations chômage. Les conseillers
Pôle Emploi, dont certains suivent les dossiers de plusieurs centaines de
demandeurs d’emploi à eux seuls, seront donc secondés de contrôleurs pour
vérifier si « les efforts de recherche d’emploi » sont « suffisants ».
Il s’agit de culpabiliser les plus faibles, dans une idéologie libérale où le
chômeur est le premier responsable de son sort, comme si nous vivions dans une
économie florissante qui n’aurait pas été méthodiquement démantelée
industriellement par des décennies de délocalisation vers les enfers sociaux où
les employés travaillent pour cinq, dix ou vingt fois moins cher qu’en France.
Dans
le projet présidentiel, un très sobre « nous alourdirons les sanctions
contre la fraude fiscale », sans davantage d’explication sur un
problème évalué à près de 150 milliards d’euros annuels pour la fraude et
l’évasion fiscales, laisse place à « la lutte contre la fraude aux
prestations sociales sera amplifiée ». « Une faute grave
entraînera désormais, en plus du remboursement, la suspension de la prestation »
précise le programme, sachant que la fraude aux prestations plafonne à 2,5
milliards d’euros annuels. Bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA),
de l’Aide personnalisée au logement (APL), d’allocations chômages, d’allocations
familiales ou d’une petite retraite, tenez-vous droit ! Vous serez
surveillé dans vos moindres faits et gestes et si, par malheur – et souvent par
un dysfonctionnement de l’administration elle-même – vous percevez davantage
que votre dû, préparez-vous à rembourser votre prestation. Dans ce cas présent,
ne soyez pas coupables d’avoir perçu deux cents euros de trop, ou vous serez
poursuivis jusqu’au remboursement ; peanuts dans le budget de
l’Etat, mais une somme astronomique pour qui vit des minimas sociaux.
Parallèlement, le programme d’Emmanuel Macron ne souffle pas mot sur la fraude
patronale, notamment le travail au noir, évaluée chaque année à 17,5 milliards
d’euros – ce n’est, après tout, que sept fois plus que l’ensemble des fraudes
estimées sur les prestations sociales.
« Nous
mettrons fin aux injustices de notre système de retraite » promet
également le projet d’ « En Marche », avec l’instauration d’ « un
système universel avec des règles communes de calcul des pensions ».
Et un « principe d’égalité : pour chaque euro cotisé, le même
droit à pension pour tous ». Ce qui semble relever d’un bon sens
paysan se transforme, quand on lit entre les lignes, en machine à partager
l’injustice. La fin des régimes spéciaux, plus bénéfiques aux travailleurs que
le régime général, se matérialisera concrètement par une harmonisation sociale
vers le bas, c’est-à-dire l’allongement de la durée de cotisation dans une
série de secteurs économiques jusque-là relativement protégés. C’est, sans le
nommer précisément, le moyen de faire travailler plus longtemps des millions de
salariés, y compris ceux qui exercent un métier reconnu pénible. Dehors les
régimes spéciaux du personnel hospitalier et des cheminots, vous travaillerez
désormais aussi longtemps qu’un cadre, et tant pis si votre espérance de vie
est de plusieurs décennies inférieures à celui des catégories
socio-professionnelles les plus aisées. C’est donc un combat de classe que M.
Macron entend mettre en œuvre, pour exploiter davantage les travailleurs, au
seul profit de la grande bourgeoisie milliardaire.
Nos salaires, le nerf de la guerre
Pour « améliorer
le pouvoir d’achat », la seule proposition d’Emmanuel Macron est de
« réduire les cotisations payées par les salariés, les indépendants et
les fonctionnaires », avec pour exemple « près de 500 euros
supplémentaires nets par an pour un salaire de 2.200 euros nets par mois ».
Autrement exprimé, ceux qui gagnent 2.200 euros par mois auront donc une
fabuleuse augmentation de leur salaire net de… 1,89% ! C’est une hausse
encore moindre que le « coup de pouce » au SMIC de 2% mis en
place par François Hollande et son ministre Michel Sapin au 1er juillet 2012. A
titre de comparaison, « en baissant les cotisations sociales employeurs
[…] les employeurs économiseront 1.800 euros par an et par salarié au SMIC,
2.200 euros par an pour un salarié payé 3.000 euros bruts par mois ».
En conséquence, la baisse des cotisations sociales – qui signifie déjà la
baisse du salaire socialisé par la Sécu, nous l’avons vu plus haut – représentera,
dans le cas d’un salarié gagnant 2.200 euros nets par mois, 500 euros de plus
par an sur la feuille de paye, contre 2.000 euros de gains annuels pour
l’employeur ! Pour un euro gagné par le salarié, le patron en gagne
quatre. C’est la fameuse « justice » promise par M. Macron.
Mais la question des
salaires ne s’arrête pas là. Pour la creuser, il faut aller un peu plus loin
dans le programme d’ « En Marche ». « Nous redéfinirons le
dialogue social » : « les principes fondamentaux (durée
légale du temps de travail, égalité professionnelle, salaire minimum…)
resteront dans la loi. Mais, par exemple, les horaires effectifs et
l’organisation du travail seront négociés au plus près du terrain. Ils seront
définis par accord majoritaire ou par référendum d’entreprise sur la base d’un
accord » minoritaire. Il s’agit donc de « redéfinir »
le dialogue social en commençant par prendre des mesures drastiques sur le
travail dès l’été, contre les syndicats ouvriers, puis d’aider les patrons dans
chaque entreprise à mettre en place un accord régressif qui pourra, désormais,
déroger à la loi. C’est le principe de l’inversion de la hiérarchie des normes,
mise en place dans la loi Travail de Manuel Valls et Myriam El Khomri, principe
renforcé par la nouvelle « loi Travail » de cet été. Le passage du
projet que nous citons dans ce paragraphe est lourd de sens : il rappelle
la loi sur « la durée légale du temps de travail, […] le salaire
minimum… » avant de donner un « exemple », celui
d’une durée du temps de travail allongée dans l’entreprise au mépris de ladite
loi. Ce qui est vrai pour la durée hebdomadaire du temps de travail pourra donc
l’être, demain, pour le salaire minimum : les entreprises pourront payer
leurs salariés en-dessous du SMIC, si les syndicats ou, à défaut, les employés
l’acceptent – ce qui risque fort d’arriver avec le chantage au licenciement et
la peur du chômage. L’explosion du SMIC est-elle pour demain ? C’est, en
tout cas, loin d’être exclu par le Président Macron.
Cet exemple se
concrétisera dans des centaines d’entreprises dans un avenir proche, aux quatre
coins de l’hexagone. C’est bien à une gigantesque baisse des salaires, et
notamment des petits salaires, qu’œuvreront Emmanuel Macron, son équipe
gouvernementale et sa majorité parlementaire. Avec eux, non seulement les
moyens et grands patrons pourront exiger de leurs salariés de travailler plus
longtemps au même tarif, mais en plus la porte est ouverte pour mettre en place
des salaires minimum par entreprise ou par branche d’activité, moins élevés que
le Salaire minimum interprofessionnel de croissance. Le tout livré dans un
emballage marketing bien rôdé, au prétexte du progrès et de la modernité. Il
n’y a, pourtant, aucune modernité dans le programme de M. Macron et dans ce
qu’il compte faire cet été pour entamer son quinquennat, puisqu’il ne s’agira
ni plus ni moins d’un retour d’un siècle dans le passé.
Si la soumission d’Emmanuel Macron aux intérêts de la classe capitaliste n’est plus à démontrer, la violence de sa politique anti-démocratique et anti-sociale est encore méconnue dans la tête de nos concitoyens. Les travailleurs de France ont tout intérêt à en prendre conscience au plus vite, pour préparer dès maintenant la résistance dans les entreprises et dans les rues. Seule la lutte consciente et organisée des travailleurs eux-mêmes peut désamorcer la bombe Macron avant qu’elle n’explose, dès la fin de l’année 2017, sur les lieux de travail avec une baisse drastique des salaires, couplée à l’effondrement du modèle social français issu de la Résistance. Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, a prévenu [3] : « En voulant gouverner par ordonnances, on limite le débat parlementaire. Il faudra qu’il fasse avec nous, ou plutôt contre nous. Ce sera un cas de conflit social. » Faisons en sorte que ce discours résonne pour que les travailleurs de notre pays se préparent à la bataille, décisive, qui s’engagera à la rentrée prochaine.
B.D.
Références
1 : https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emmanuel-Macron.pdf2 : https://en-marche.fr/article/emmanuel-macron-notre-projet-economique-efficace-juste-et-credible
3 : http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/05/05/martinez-souhaite-que-macron-fasse-le-score-le-plus-haut-possible_5123118_4854003.html



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire